Wandering Star

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Transparence

J’avais envie d’écrire un truc vrai, un truc beau, tu sais, un de ces trucs qui te prend les trippes, un truc à te faire hyperventiler, à te faire tourner la tête. J’avais envie de mettre le rouge à tes joues. J’avais envie que tu retrouves le plaisir de me lire.

J’avais envie que ce soit un bilan. C’est vrai que cette dernière année a été franchement intense, parfois frustrante, parfois blessante, mais enivrante, souvent. J’avais envie de regarder tout ce qui s’est passé d’un oeil sage et averti. C’te blague.

J’avais envie de t’expliquer, en long, en large, en travers, en quoi je suis meilleure, plus matûre, moins sauvage. Mais je te mentirais. La seule chose que je peux te dire, c’est que je me connais un peu mieux. Oh, pas parfaitement, tu t’en doutes bien. Je suis trop changeante, trop fuyante, j’ai trop de passions, trop de vies, pour connaitre chacune des parcelles de celle qui me regarde dans le miroir. Je continues de me surprendre moi-même. À chaque fois. À chaque fois que je me relève, fière. À chaque fois que je trébuche. À chaque fois que je progresse.

C’est une chose étrange, le progrès, tu sais. Souvent, quand on parle de progrès, on implique quelque chose de fondamentalement positif. D’ailleurs, l’origine même du terme implique une amelioration. Et je me suis toujours demandé si on pouvait progresser en reculant. Tu vois ce que je veux dire? Est ce que quelque chose de négatif peut avoir une conséquence positive? J’ai toujours eu tendance à penser qu’il fallait toujours se relever et pousser en avant. Ne jamais s’arrêter. “Don’t stop. Don’t blink. Don’t turn around.” Tu t’en souviens?

Sauf que cette année, j’ai percuté la muraille de Chine en vol. De plein fouet. Sans comprendre. J’ai essayé de me relever, mais je me suis rendue compte que je n’avais plus la force. Pour la première fois de ma vie, j’ai voulu abandoner. Tout. Je me suis retrouvée face aux blessures que toi et tant d’autres ont laissés derrière eux, sans s’en rendre compte. Pour la première fois de ma vie, je n’ai plus eu envie d’avancer. Tout ce que je voyais, c’était les murs de mon ignorance qui se refermaient sur ma gueule. C’était le noir. Tout ce que je sentais, c’était cette foutue pression sous le plexus solaire, l’horreur de chaque bouffée à inspirer et l’effort que ça me demandait. J’avais envie de vomir. Dès que je me levais, je trébuchais. J’n’arrivais même plus à essayer.

Toute cette merde que je portais. C’est tout moi, ça. D’ailleurs, ça me rappelle qu’un jour, tu m’as dit qu’il fallait affronter, et non pas porter ce qui nous ronge. J’ai toujours eu l’impression de le faire. Et puis je me suis rendue compte que non. Que je gardais. Que j’accumulais. Peut être que c’était ça qu’il fallait guérir chez moi. Ce besoin maladif d’avancer quelque soit le fardeau. Et surtout ne jamais trop penser à ce qui me pèse parce que je pourrais bien trouver une falaise dans mon sac à blessures. Raté. C’était une muraille de Chine, avec un bon vieux fossé. Et j’étais là, sur mon cul, avec le poids de mon sac à blessures, à me demander comment j’allais pouvoir passer au dessus de la muraille le plus vite possible. Pour avancer, tu vois. Toujours avancer.

Y’en a qui appellant ça de la force, de toujours aller de l’avant. Aujourd’hui, j’appelle ça de la stupidité. Et je trouve ça facile, de dire qu’il suffit de secouer. Je trouve ça arrogant de dire qu’on peut si on veut. Je trouve ça méprisant de dire que tout est gérable. Je pense qu’il faut parfois du temps. Beaucoup de temps.

J’ai rencontré quelqu’un, tu sais, qui se bat tellement avec ses démons qu’il en devient inatteignable. J’aurais pu l’aimer peut être, mais je crois que notre histoire était faite pour nous montrer à tous les deux qu’il faut qu’on laisse couler le passé. Qu’on a le droit d’être bien. Même si ce n’est pas ensemble. Et moi, ça m’a montré que je n’étais pas prête. Je le suis un peu plus que l’année dernière. Je le suis un peu plus qu’il y a deux ans. Mais je ne suis pas prête. Et je veux sentir.

Je veux tellement sentir. Rien ne me satisfait plus. Parce que la dernière fois que j’ai vraiment ressenti, je me suis retrouvée comme une tortue sur le dos devant la muraille de Chine. Et que j’ai peur. Et que je sais, maintenant, que même si je me protège un peu mieux, j’ai tendance à tout donner. Je suis entière, il parait. Il parait que je tiens ça du pater. Il parait que je ne sais pas avoir de barrières quand je sens.

Tu vois, j’ai toujours ce plus, là, qui fait que je sens. Je te sens. Je te sens toujours. Mais pas pareil. Je ne sais pas à quel moment j’ai renoncé à l’idée de te plaire. Ça a été dur, tu sais. Je ne sais même pas si tu peux imaginer combien j’ai pleuré. Non, je ne pense pas. Parce que je ne savais pas que je pouvais pleurer autant, pendant aussi longtemps. Tu as changé le goût de la musique. Tu as éveillé et abandonné. J’ai fini de t’en vouloir, tu sais. J’ai fini de t’espérer. J’ai fini de te fantasmer, surtout. Je me suis, petit à petit, rendue compte que je n’étais pas la seule fautive. Que toi aussi, tu étais cassé. Que certains aspects de ta personalité  auraient potentiellement pu me faire me barrer très très loin, notamment le fait que tu lis(ais) en moi comme dans un livre ouvert. Je ne suis pas prête à affronter ça. Mais je sais que je n’en suis pas loin.

Je voulais te remercier, tu sais. Sans la muraille de Chine en plein vol, je n’aurais certainement pas pris le temps de me poser pour savoir ce que je voulais vraiment. L’impossibilité de me mouvoir, ça a été mon moment d’acceptance de tout ce qui n’allait pas, de toutes mes blessures, de tous mes fardeaux. Ça a été pour moi le moment du bilan de 26 ans de dénigrement complet que la vie est parfois un peu moche et qu’il faut juste trouver un moyen de soigner les plaies sans oublier qu’elles sont là. Ça a été le moment où je me suis enfin rendue compte du potential, de la lumière ignorée, des couleurs qui n’attendaient que de se révéler à moi. J’ai compris que je voulais apprendre, connaitre, savoir. Que quand j’avais peur, je disparaissais. Qu’il me fallait parfois être indulgente avec moi meme, parce que je mets du temps, à mettre les mots, je ne comprends pas toujours. Que je pouvais avoir mal. Que je pouvais avoir peur. Que j’avais le droit de prendre le temps, de faire des pauses. Que j’étais généreuse, passionnée, mais aussi trouillarde et un peu lâche, parfois. Que je savais manier mes mots. Que je les perdais parfois. Que je ne savais pas fermer complètement. Que quand j’aimais, c’était définitif, complet, entier. Que plus jamais je ne me laisserais happer par la lourdeur. Ni par la banalité. Ni par la médiocrité. Que j’étais parfois un peu (haha) exigente parce que je le suis avec moi meme. Que je pardonne aux autres mais que je ne me suis jamais padonné mes erreurs jusqu’à present. Que j’ai besoin de musique. Besoin d’envies. Que je me nourris de sensualité et d’intellect et que je ne peux m’en passer. Que mes ami(e)s ont une place incroyablement importante. Que je n’aime pas le déclin des jours et de la lumière. Que je veux rire, danser et chanter. Que j’ai le droit de ressentir un manque atroce. Encore.  Que je suis une femmoiselle capable de fournir un nid douillet pour peu qu’on me laisse être sauvage. Que je ne peux être autre que libre, complètement.

Oh bien sûr, pour l’instant, je glousse bêtement quand on me parle de plus que mon lit. Je ris franchement quand on me dit que je suis jolie, ou intelligente, ou cool. Je me moque de la gueule de mon orgueil parfois mal placé. Mais je sais que ça va. Ça va.

I’m home, impressive friend, thanks to you. And now the ink will read: “Surrender your armor, Throw your guard to the sea”. I miss you, dear friend. I am happy.

 

Parenthèse permanente

Parenthèse.

Il y a toujours cette impression tenace de devoir expliquer ou justifier tout ce que je fais, ce que je pense, ce que je suis. Il y a cette sensation qui me colle aux tripes, que, quoique je sois, quoique je fasse, ce n’est jamais suffisant, ce n’est jamais assez, comme si il y avait toujours un manque chez moi, et que je me devais de le remplir.

Ça vient de moi, à la base. Ça vient de ce que j’ai pu vivre mais surtout d’une assez basse estime de moi-même.

Y’a pleins de raisons à ce que je vais écrire maintenant. Je ne vais pas les exposer parce que j’ai mieux à faire, juste vous livrer un (charmant) coup de gueule, et encore. Il se trouve que cet espace s’est transformé en une véritable galerie des horreurs. J’ai cristallisé et sublimé des blessures, que j’ai filées en pâture. J’ai eu cette espèce d’envie malsaine qu’on reconnaisse ma douleur, mon vécu, mon attitude de paumée. J’ai commencé à évoluer dans une espèce de nuage/brouillard dégueulasse et à vivre des choses complètement virtuelles, sublimés dans la douleur. Putain, c’que c’est malsain.

Aujourd’hui, il m’arrive des trucs, je réalise des choses par rapport aux gens que je bois, par rapport à mon attitude. Comment peut-on se nourrir de la douleur des autres ? Comment peut-on avoir envie de souffrir pour vivre ? De quel droit peut-on juger d’un vécu, d’une expérience par rapport aux autres, par rapport à soi-même ?

J’ai trop entendu des trucs du style : « T’as pas vécu ça » ou « Regarde ce qu’elle/il a vécu » ou encore, et je le classe dans la même catégorie de trucs, « J’ai pas autant de vécu ». Mais putain, depuis quand les épreuves surmontées rendent elles quelqu’un cool, ou sont-elles signes de la qualité d’un être ? Depuis quand est ce qu’on a besoin de se définir par rapport aux autres ? Je veux bien qu’on soit des animaux sociaux, m’enfin faut pas déconner. Se mettre en perspectives des autres n’a jamais rendu personne heureux. Et se complaire dans la douleur, la sublimer, la fantasmer, c’est juste dégueulasse.

Et c’est là mon problème. Je me justifie, sans arrêt. Je cherche toujours à être meilleure, mais meilleure que quoi ? Que moi ? Que ce que je suis déjà ? Que mon voisin ? Que mon chat ? J’en ai soupé d’essayer de satisfaire. J’ai ai ras le bol d’être une éternelle insatisfaite de moi-même (la tournure est mauvaise, mais sincèrement, je m’en tamponne le coquillard avec une babouche de la taille du Nebraska). Ce n’est pas moi. Et il m’aura fallu deux monstrueuses claques pour m’en rendre compte, mais tu sais quoi ? Je ne m’en veux même plus.

Ce n’est pas moi, ça. Je suis une nana plutôt simple et globalement très heureuse. J’aime rire. J’aime ma vie. J’aime ma vie. Avec tous ses travers, et bon sang, je suis une râleuse-pour-la-forme, parce que même eux, je les aime. Je ne suis pas une écorchée, ou une révoltée. J’ai des idées. Je mène les combats qui me semblent importants. Mais je n’ai jamais demandé de caution à qui que ce soit, si ce n’est moi. Je ne sais pas à quel moment j’ai oublié que c’était cool d’être moi et que, ouais, il y aura toujours des gens, des perspectives mais qu’importe, je suis moi. Et ouais, je m’aime plutôt bien, avec ma curiosité et ma putain de maladresse et ma propension à sauter de joie comme une gamine au mauvais moment. Y’a un truc qui a dérapé et j’ai oublié d’être. C’n’est pas grave. Ça va le faire.

Je mets cet espace entre parenthèses parce qu’il n’a pas lieu d’être. La déprime, c’est pas mon truc. Je ne sais pas pourquoi je garderais ouvert un espace qui, non seulement n’est pas moi, mais surtout cristallise tellement d’énergies négatives et sublime des blessures.

Alors merci. Merci. Toi, toi et toi, avec qui je vis des trucs cools, souvent parce que tu as su lire la vraie Julia derrière les mots. Merci, toi, que j’ai rencontré par les mots. Je m’envole ailleurs, mais c’est plutôt cool, même avec les travers des giboulées de mars.

Et n’oublie jamais la douceur du soleil sur ma peau.

Un. Deux. Trois.

Les tasses par trois, les assiettes par cinq. Eteindre la lumière trois fois. Organiser les aliments sur le tapis roulant au supermarché. Compter les bips des caisses enregistreuses jusqu’à atteindre trois fois cinq et recommencer. Compter les fenêtres sur le chemin de la maison, cinq fois trois, recommencer. Entrer, sortir. Entrer, sortir. Entrer. Passer cinq fois le pas de la porte. L’odeur du silence est une odeur de coton frais. Le poids du vide est un camion sur son plexus solaire. Poser les courses sur le comptoir, le petit sac au milieu. Sortir les bouteilles d’abord. Puis ouvrir le frigo. Le jus de pomme. Le lait. Les légumes. Les yaourts. Refermer le frigo. Les fruits. Un, deux, trois.

Elle voudrait se cacher. Oublier les regards quand elle compte les clémentines sur le tapis roulant, alors qu’elle veut juste que le bourdonnement arrête. La honte lui roule sous la peau, pendant que le petit monsieur devant elle la dévisage. Ses mains tremblent. Elle voudrait disparaitre. Le rouge aux joues, elle range, le lait, les yaourts et sa fierté.

Elle compte les pas, un, deux, trois. Si encore c’était une valse, elle pourrait sourire, un, deux, trois. Si il y avait une once de musique derrière le brouhaha, elle pourrait danser, un, deux, trois. Elle accélère, undeuxtrois, oublier, undeuxtrois, oublier tout, undeuxtrois, le vide, undeuxtrois, la douleur blanche, undeuxtrois, la folie, undeuxtrois, la honte, undeuxtrois, les larmes, undeuxtrois, la colère, undeuxtrois.

Contenir le vide. Déchiffrer l’invisible. Ecouter le silence.

Elle voudrait juste oublier. 

Et elle compte. Un. Deux. Trois.

Pour ne pas sombrer. Un. Deux. Trois.

Un. Deux. Trois.

Non-lettre

Je ne parlerais pas de toi.

Je ne parlerais pas de nous.

Je ne parlerais pas de tout ce que j’ai encore à te dire, parce que je pourrais bien crier, tu ne m’écouterais pas.

Je ne te dirais pas que je ne suis pas d’accord, qu’il y a plus, qu’il y a la douceur. Je ne te dirais pas que je me suis mise en pause, parce que je ne sais plus par quel bout prendre mes pensées, et ce que je ressens. Pas plus que je ne te dirais toute cette colère qui me ronge. Faut me comprendre. Chez moi, la colère, elle est généralement froide et blanche, canalisée. Parait que j’ai les yeux verts, quand je suis en colère. Parait que je fais vraiment peur. Alors cette colère rouge, cette envie de tout casser, ou de me casser, cette colère feu, j’connais pas trop. J’sais pas bien comment la lire, ni comment la contenir. 

Je ne te dirais pas les milliards d’aiguilles se plantent dans mes poumons à chaque fois que j’essaye de brusquer la respiration, pour faire rentrer définitivement l’air dans mes poumons. Pas plus que je ne te dirais les heures échappées dans les toilettes fermées, les tonnes de mouchoirs, les hectolitres de thé, et ma colère à mon propre égard en me voyant être une telle loque. Sombre histoire de ne jamais se laisser freiner. Je ne te dirais pas qu’en ravalant mes larmes, je ferme les yeux, à chaque fois, que je ferme mes poings, que je hurle intérieurement, que je serre mes dents, que j’inspire. Je ne te parlerais pas du silence oppressant, de cette impression d’avoir perdu un truc irremplaçable. Je ne te dirais pas que les non-dits me pèsent atrocement, parce que je n’ai pas osé.

Je ne te dirais pas que je n’étais pas prête, à vivre ça. Que c’était trop tôt. Trop vite. Trop fort. Que j’étais encore vacillante d’une joie de vivre retrouvée, d’un cœur réparé avec lequel je ne savais pas trop comment communiquer. Pas plus que je ne te dirais que je ne te connaissais pas assez. Je ne te dirais pas que j’avais envie, que j’ai envie, de te découvrir, de savoir quel bois te fait, de savoir qui tu es. Je ne te dirais pas que si je suis floue, parce que curieuse de tout, tu es une énigme pour moi. Terrifiante.

Je ne te dirais pas que j’ai eu peur.

Je ne te dirais pas que je suis terrifiée.

Je ne te dirais pas que je te veux encore.

Je ne te dirais pas que je suis brisée.

Je ne te dirais pas que je suis confuse.

Je sourirais. Je te dirais juste que j’espère que tu vas bien. Parce qu’après tout, c’est la seule chose que je sais faire. Et je continuerais d’avancer, d’abattre les murs comme on souffle sur des châteaux de cartes, le front haut, en continuant d’espérer que je ne retourne pas à la glace. 

Sleepy days

Au gris du matin, son nez dépasse encore du pays des rêves. Elle n’y met jamais complètement les pieds, de peur de se perdre, probablement, vas savoir, elle-même, elle a oublié. Avec un pied toujours sur la lune, et l’autre fermement ancré à terre, elle balance souvent son corps aux mauvais rêves. Mais qu’importe, elle finit toujours par attraper les bons.

Le réveil lui crie de se lever mais ses yeux sont encore emplis des chemins qu’elle a croisés cette nuit. Elle voyage toujours beaucoup, ce qui n’est pas vraiment pour rendre son sommeil reposant. Mais qu’importe, elle explore des mondes lumineux.

Mécaniquement, elle tend la main pour faire cesser les hurlements. Elle voudrait se retourner et construire des cavernes fabuleuses sous sa couette, mais le froid lui ouvre déjà les poumons de ses petites aiguilles sournoises et il lui faut remettre les constructions enfantines à plus tard. Mais qu’importe, elle entend déjà le son des trompettes du haut de son fort.

Son bras se tend, son dos s’arque et elle étire douloureusement ses articulations meurtries par sa veillée. Elle n’a pas 30 ans, et les craquements sourds de ses vertèbres lui en donnent 80. Mais qu’importe, la souplesse de ses muscles fins lui permet de miauler un instant.

Elle secoue ses paupières, expulse le dernier goût de cauchemar en un bâillement paresseux. De sous les couvertures, elle se demande s’il a encore neigé et combien de  compétition d’emmitouflage, elle pourrait gagner aujourd’hui. Ses muscles ne sont pas près pour le chemin. Mais qu’importe, elle entend déjà le café siffler dans la cuisine et l’odeur délicieuse lui chatouiller les narines.

Elle repousse la couverture, se relève, pose les pieds à terre. Le tapis est mollement froid et chatouille la plante de ses pieds. La peau de ses jambes frissonne et se couvre d’une chair à faire pâlir une poule. Mais qu’importe, la douche chaude qui l’attend lui met des sourires sous la peau.

Debout dans la cuisine, clefs en main, elle remonte son col et secoue un frisson devant la porte entrouverte. Le soleil ne s’est presque pas levé, il a cédé à la paresse des matins d’hivers. Mais qu’importe. Il neige et c’est une belle journée.

All there is

« Roule-moi en boule. » Dit-elle.

La nuit est immobile, l’air poussiéreux et épais des fragments de rêves longtemps oubliés. Les lumières sont silencieuses. Il n’y a que vous deux, dans cette chambre et ses doigts sont couverts de la peinture et de l’encre des traits qu’elle a tracé sans relâche, studieuse, tête enfoncée dans ses mondes intérieurs.

Allongée sur le tapis, elle compte. Elle compte les tâches sur le plafond blanc sale, les secondes qui défilent, les lézardes dans ses murs, les brins d’herbe dans son nid. Elle compte le nombre de gens qui lui ont demandé, aujourd’hui, comment elle allait, en voulant vraiment le savoir. C’est fou ce qu’on peut oublier d’avoir envie de savoir, dit-elle.

Tu la regardes, sans vraiment savoir par quelle pièce commencer le puzzle. Un mouvement subtil, et sa main se pose contre toi, invitation taciturne. La musique de sa boite à musique cassée te remplit un peu la tête. C’est un truc que tu ne comprends pas trop, sa passion des objets cassés. Elle dit qu’elle les trouve tragiquement beaux et tu te demandes souvent si elle n’y trouve pas un réconfort.

Elle est un peu paumée dans sa vie trop vaste. Ce qu’elle voit souvent, ce sont les couleurs, les mouvements. Ce qu’elle voit rarement, ce sont les précipices qui se cachent derrière les jolis tableaux qu’elle peint un peu pour sentir. Alors elle fait des listes pour organiser l’espace. Elle remplit les blancs en comptant le nombre de coups de fil, le nombre de papiers à classer, les fuites d’air. Elle fait des listes de listes, qu’elle entoure de belles et tristes formes, comme une enfant qui cherche à retenir une leçon. Elle apprend la sienne, doucement, guidée par ses envies et les craquelures sur le bord de la table qu’elle essaie de cacher du coin du coude.

Parfois, elle tombe un peu plus près du vide et éclate de rire en se relevant. Tu as essayé, une fois, de lui tendre la main, de lui donner une accroche, un point pour fixer son équilibre. Mais elle s’est moquée de toi, vexée que tu la crois si faible, qu’elle ne puisse se relever toute seule. La blessure dans ses yeux, l’as-tu vue ? Elle ne veut que d’autres couleurs sur sa palette déjà immense. Mais ce matin, elle regardait encore son ombre trop grande et les contours monstrueux de sa projection, en te demandant comment la faire disparaitre.

Sa respiration s’apaise alors que tu passes une main sur son visage et tu devines sous ses yeux fermés l’étoile sur laquelle elle s’est perchée. Histoire de regarder le monde d’un peu plus haut et de voir les gens tous petits. Tu vois le vent souffler dans ses cheveux et son visage s’illumine d’une tranquillité agitée. La paix de ses rêves. Et la paix de tes nuits, lorsque tu t’enroules autour d’elle.

« I am fine. »

Uphill-Downhill

Just a little little bit better.

Il est des moments où le monde se met sur votre chemin. Il est des moments où l’on veut juste lâcher, juste pouvoir se blottir dans les bras du bonheur un instant. Il est des instants où l’on sent son cœur se serrer à chaque battement et retentir des cris de douleur de la contradiction.

On veut rêver, alors on s’accroche fermement au nuage qui déverse la pluie sur sa tête. Et on se laisse emporter, par ce qu’on ressent, parce qu’on veut juste sourire une autre fois. On caresse les étoiles du bout des ailes qui nous poussent dans le dos. Juste pour un souffle, juste pour une brise, juste pour un battement de cœur.

Et on s’accroche, encore, on sent le vent faiblir. Et on s’envole, encore, plus haut, on cherche, on crée. On utilise les courants, on pense maitriser. Et le monde nous rappelle que nous ne pouvons parfois que subir. Alors on ferme les yeux et on cherche dans sa mémoire, les sensations, le goût, le son, la texture, tout le souvenir de ces moments d’extases. On s’y enfouit, profondément. Et on s’oublie. On s’endort. On survit. Parfois même on vit.

Pas à pas, on peut grimper, y aller. Pas à pas, on y arrivera. L’espoir…

…And it hurts with every heartbeat…

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