Parenthèse.
Il y a toujours cette impression tenace de devoir expliquer ou justifier tout ce que je fais, ce que je pense, ce que je suis. Il y a cette sensation qui me colle aux tripes, que, quoique je sois, quoique je fasse, ce n’est jamais suffisant, ce n’est jamais assez, comme si il y avait toujours un manque chez moi, et que je me devais de le remplir.
Ça vient de moi, à la base. Ça vient de ce que j’ai pu vivre mais surtout d’une assez basse estime de moi-même.
Y’a pleins de raisons à ce que je vais écrire maintenant. Je ne vais pas les exposer parce que j’ai mieux à faire, juste vous livrer un (charmant) coup de gueule, et encore. Il se trouve que cet espace s’est transformé en une véritable galerie des horreurs. J’ai cristallisé et sublimé des blessures, que j’ai filées en pâture. J’ai eu cette espèce d’envie malsaine qu’on reconnaisse ma douleur, mon vécu, mon attitude de paumée. J’ai commencé à évoluer dans une espèce de nuage/brouillard dégueulasse et à vivre des choses complètement virtuelles, sublimés dans la douleur. Putain, c’que c’est malsain.
Aujourd’hui, il m’arrive des trucs, je réalise des choses par rapport aux gens que je bois, par rapport à mon attitude. Comment peut-on se nourrir de la douleur des autres ? Comment peut-on avoir envie de souffrir pour vivre ? De quel droit peut-on juger d’un vécu, d’une expérience par rapport aux autres, par rapport à soi-même ?
J’ai trop entendu des trucs du style : « T’as pas vécu ça » ou « Regarde ce qu’elle/il a vécu » ou encore, et je le classe dans la même catégorie de trucs, « J’ai pas autant de vécu ». Mais putain, depuis quand les épreuves surmontées rendent elles quelqu’un cool, ou sont-elles signes de la qualité d’un être ? Depuis quand est ce qu’on a besoin de se définir par rapport aux autres ? Je veux bien qu’on soit des animaux sociaux, m’enfin faut pas déconner. Se mettre en perspectives des autres n’a jamais rendu personne heureux. Et se complaire dans la douleur, la sublimer, la fantasmer, c’est juste dégueulasse.
Et c’est là mon problème. Je me justifie, sans arrêt. Je cherche toujours à être meilleure, mais meilleure que quoi ? Que moi ? Que ce que je suis déjà ? Que mon voisin ? Que mon chat ? J’en ai soupé d’essayer de satisfaire. J’ai ai ras le bol d’être une éternelle insatisfaite de moi-même (la tournure est mauvaise, mais sincèrement, je m’en tamponne le coquillard avec une babouche de la taille du Nebraska). Ce n’est pas moi. Et il m’aura fallu deux monstrueuses claques pour m’en rendre compte, mais tu sais quoi ? Je ne m’en veux même plus.
Ce n’est pas moi, ça. Je suis une nana plutôt simple et globalement très heureuse. J’aime rire. J’aime ma vie. J’aime ma vie. Avec tous ses travers, et bon sang, je suis une râleuse-pour-la-forme, parce que même eux, je les aime. Je ne suis pas une écorchée, ou une révoltée. J’ai des idées. Je mène les combats qui me semblent importants. Mais je n’ai jamais demandé de caution à qui que ce soit, si ce n’est moi. Je ne sais pas à quel moment j’ai oublié que c’était cool d’être moi et que, ouais, il y aura toujours des gens, des perspectives mais qu’importe, je suis moi. Et ouais, je m’aime plutôt bien, avec ma curiosité et ma putain de maladresse et ma propension à sauter de joie comme une gamine au mauvais moment. Y’a un truc qui a dérapé et j’ai oublié d’être. C’n’est pas grave. Ça va le faire.
Je mets cet espace entre parenthèses parce qu’il n’a pas lieu d’être. La déprime, c’est pas mon truc. Je ne sais pas pourquoi je garderais ouvert un espace qui, non seulement n’est pas moi, mais surtout cristallise tellement d’énergies négatives et sublime des blessures.
Alors merci. Merci. Toi, toi et toi, avec qui je vis des trucs cools, souvent parce que tu as su lire la vraie Julia derrière les mots. Merci, toi, que j’ai rencontré par les mots. Je m’envole ailleurs, mais c’est plutôt cool, même avec les travers des giboulées de mars.
Et n’oublie jamais la douceur du soleil sur ma peau.